Le service frontalier a pris fin en 1989, mais que sont devenus les chiens de garde ?

En 1961 est érigé en plein Berlin ce qui deviendra le symbole de la Guerre froide, le mur de Berlin. Dans ce qui s'appelait le couloir de la mort, un espace règlementé séparant l'ex-RDA de l'Ouest libre, jalonné de miradors et de clôtures hérissées, ils ont été entre 6000 et 10000 chiens, principalement bergers allemands, à assurer l’étroite surveillance de cette frontière de 1961 à 1989.
Chaque chien était attaché à une chaîne de 5 mètres de long lui permettant de se mouvoir dans toutes les directions. Cette chaîne était reliée à un câble de 100 mètres de long ne laissant que la possibilité au chien de courir parallèlement au mur.

Des témoignages font état de chiens maintenus dans des conditions effroyables, isolés et négligés, sans abri par froid glacial ou soleil brûlant, au bord de la famine pour garantir une certaine agressivité, de chiens au bord de la folie aboyant en permanence, développant ce qu'on appelait alors le "syndrôme du mur".
D'autres témoignages affirment à l'inverse que ces chiens n'étaient pas maltraités mais au contraire bien nourris et soignés correctement. Où se situe la vérité? Sans doute entre les deux, en fonction de l'équipe de garde qui changeait régulièrement, et du degré de résistance au stress des chiens soumis à un tel traitement.
Les chiens étaient vendus par des éleveurs et des particuliers, et malgré leurs réputations de bêtes dangereuses, la majorité d'entre eux n'étaient pas spécialement dressés, leur simple présence était censée avoir un effet dissuasif envers quiconque etait tenté de franchir le mur. Le son de leurs aboiements donnait immédiatement l'alerte au personnel frontalier.

Mais pour la NVA, l'armée de la République démocratique allemande, tous ces chiens sont devenus inutiles du jour au lendemain lorsque les frontières se sont ouvertes, durant l'hiver 89/90.
L'association berlinoise pour la protection des animaux est alors intervenue pour sauver un maximum de chiens et les faire adopter par des allemands de l'Ouest. Ce sauvetage des chiens du mur est devenu l'une des premières grandes collaborations germano-allemandes : l'Association allemande pour la protection des animaux, l'Association pour la protection des animaux de Berlin et le refuge pour animaux de Berlin-Est ont travaillé en étroite collaboration avec des représentants de la NVA. Les médias ayant relayés la campagne d'adoption, le sort de ces chiens intéressa également de nombreuses personnes au-delà des frontières allemandes.

Sur les 6000 chiens en activité, 1500 chiens auraient été placés dans des familles est-allemandes, 2500 se sont retrouvés à l'adoption dans des refuges pour animaux ouest-allemands, mais 2000 auraient été euthanasiés par l'ex-RDA.
Aujourd'hui encore, le nombre réel de chiens du mur ayant pu être adoptés reste inconnu. Parmi les chanceux, les deux bergers allemands Juro et Betty ont vu leurs vies changer radicalement en étant adoptés par une famille sur l'île de Majorque. De la frontière grise au paradis, une ascension dont ne rêvaient pas seulement les chiens à l'époque.

 

chien mur de berlin 1967
Chien du mur relié à son cable métallique de 100 mètres, 1967.

 

Carolin Reiber chien mur berlin

Carolin Reiber, star de la télévision allemande, pose avec deux chiens du mur devant la porte de Brandebourg, 1990.

 

juro chien mur berlin
Juro (à gauche) dans sa nouvelle vie à Majorque, 1990.