L'odorologie est une technique de criminalistique qui utilise les capacités olfactives exceptionnelles du chien pour comparer des odeurs humaines. En France, cette spécialité est mise en œuvre au plateau national d’odorologie d’Écully, dans le Rhône, au sein du Service national de police scientifique (SNPS). Son principe est simple en apparence : retrouver, sur un objet ou un élément découvert lors d'une enquête, la trace odorante laissée par une personne et la comparer avec l'odeur corporelle d'un suspect ou d'une victime. Mais derrière cette apparente simplicité se trouve une procédure extrêmement encadrée.
Une technique utilisée par la police scientifique depuis 2003
L'odorologie est pratiquée en France depuis 2003. Le groupe spécialisé avait été créé quelques années auparavant à Écully, après l'introduction en France d'une méthode développée notamment en Hongrie. Contrairement au pistage classique, le chien ne recherche pas directement une personne à partir d'une piste au sol. Il compare des échantillons d'odeurs. Cette distinction est importante : le chien ne « suit » pas l'odeur d'un individu. Il doit déterminer si une odeur prélevée sur un objet ou sur une scène d'infraction correspond à celle présentée lors de la comparaison. Les travaux menés avec le Centre de recherche en neurosciences de Lyon ont notamment permis d'étudier scientifiquement les performances de ces chiens. Une étude publiée en 2016 dans la revue scientifique PLOS ONE a montré qu'après une formation rigoureuse, les chiens étaient capables d'effectuer des correspondances entre odeurs humaines avec un haut niveau de précision.

Comment récupère-t-on une odeur humaine ?
L'analyse commence bien avant l'intervention du chien. Les policiers habilités peuvent rechercher des traces odorantes sur différents supports ayant été en contact avec une personne : poignée, vêtement, siège, volant ou encore objet retrouvé sur une scène d'infraction. Des prélèvements d'odeurs corporelles peuvent également être réalisés directement sur une personne. Des textiles spécialement conçus sont utilisés afin de recueillir les molécules odorantes présentes sur le corps. Ces prélèvements sont ensuite conditionnés de manière à préserver les odeurs et peuvent être conservés dans l'odorothèque du service. En 2025, la Police nationale comptait environ 500 policiers habilités à réaliser ces prélèvements. L'odorothèque regroupait alors environ 9 600 scellés judiciaires.
Le chien compare les odeurs
Une fois les prélèvements réalisés, le travail revient aux chiens spécialisés du plateau national d'odorologie. Le chien reçoit une odeur de référence puis doit la comparer à plusieurs autres échantillons. Le protocole est conçu pour limiter au maximum les risques d'erreur et pour éviter que le conducteur puisse influencer involontairement le comportement de l'animal. Le chien ne travaille donc pas simplement en « donnant son avis ». Son comportement est observé dans le cadre d'une procédure standardisée et les opérations sont enregistrées. Le protocole repose également sur des contrôles et des répétitions destinés à vérifier la concordance du résultat.
Sept chiens spécialisés à Écully en 2026
L'odorologie française a beaucoup évolué depuis les débuts de la spécialité. En 2026, le plateau national d'odorologie d'Écully compte sept chiens et quatre agents. L'équipe réunit aujourd'hui des bergers allemands, des bergers belges malinois et des English Springer Spaniels. Deux autres chiens sont par ailleurs en cours de formation. Les futurs chiens commencent leur formation vers l'âge de six mois. Leur apprentissage spécifique à l'odorologie s'étend ensuite sur environ une année. Cette évolution montre également que l'odorologie ne repose pas sur une race unique. Le choix d'un chien dépend avant tout de ses aptitudes olfactives, de ses capacités d'apprentissage et de son comportement dans le cadre du protocole.

Une spécialité toujours utilisée par la police scientifique
En 2026, l'odorologie figure officiellement parmi les domaines d'expertise du Service national de police scientifique, aux côtés notamment de la biologie, de la toxicologie, de la balistique, des stupéfiants, des traces numériques ou encore des empreintes papillaires. Le SNPS, dont le siège est implanté à Écully, pilote aujourd'hui la filière de police scientifique au niveau national. La police scientifique française compte près de 4 000 agents répartis sur l'ensemble du territoire. L'odorologie conserve ainsi une place particulière : elle fait appel à un outil biologique que la technologie peine encore à reproduire, le nez du chien.
Le nez du chien, un outil scientifique
L'intérêt de l'odorologie repose sur une caractéristique fondamentale du chien : sa capacité à détecter et à différencier des molécules odorantes présentes en très faible quantité. Mais il serait réducteur de résumer cette spécialité à la seule puissance de l'odorat canin. Les performances obtenues reposent sur l'association de plusieurs éléments : les capacités olfactives du chien, une sélection adaptée des animaux, un entraînement particulièrement rigoureux, des procédures de prélèvement précises et un protocole de comparaison destiné à limiter les biais. C'est cette association entre l'animal et la méthode scientifique qui fait de l'odorologie une technique de criminalistique à part entière.
Une technique qui complète les autres indices
L'odorologie ne remplace évidemment pas les autres techniques de la police scientifique. Une correspondance olfactive constitue un élément susceptible d'être intégré à une enquête, mais elle doit être replacée dans l'ensemble des éléments recueillis par les enquêteurs et les experts. ADN, empreintes digitales, traces biologiques, analyses chimiques, vidéosurveillance ou témoignages peuvent ainsi être utilisés parallèlement. L'intérêt de l'odorologie est précisément de pouvoir apporter un élément supplémentaire, lorsque l'odeur d'une personne a pu être conservée sur un objet ou un support retrouvé au cours de l'enquête.