Les épitaphes de chiens dans l’Antiquité.
Il y a près de deux mille ans, certains hommes et certaines femmes faisaient déjà graver dans la pierre le souvenir de leur chien disparu. Les découvertes archéologiques montrent en effet que des chiens étaient parfois enterrés dans des sépultures individuelles et recevaient leur propre tombeau ou leur propre inscription funéraire.
Dans l’Antiquité, posséder un animal de compagnie n’était toutefois pas aussi courant qu’aujourd’hui. Les chiens étaient également utilisés pour la chasse, la garde ou différentes tâches. Mais certaines sépultures et les inscriptions qui les accompagnent témoignent d’un attachement profond entre l’homme et le chien.
Les analyses archéologiques ont par ailleurs révélé des chiens ayant souffert de problèmes de santé importants tout en atteignant un âge avancé. Dans certains cas, cette longévité laisse penser que des soins leur avaient été apportés par leurs maîtres.
Une épitaphe est une inscription funéraire gravée sur une tombe ou une stèle. Dans l’Antiquité, elle pouvait prendre la forme de quelques mots, de vers ou même d’un véritable poème évoquant la vie, les qualités ou les particularités du défunt. Et certaines de ces épitaphes étaient consacrées à des chiens.
Voici cinq témoignages particulièrement émouvants, gravés dans la pierre il y a près de deux mille ans.
Aeolis : le chagrin d’un départ trop rapide
À Préneste, l’actuelle Palestrina en Italie, une stèle funéraire porte l’épitaphe d’une petite chienne appelée Aeolis. Quelques vers seulement, mais une douleur exprimée avec une étonnante simplicité. Aeolis est avant tout décrite comme une chienne joyeuse, dont la disparition a profondément affecté son maître.
« Voici le tombeau d’Aeolis, la petite chienne joyeuse, dont la perte, emportée par un destin trop rapide, me fit souffrir au-delà de toute mesure. »

Myia : une petite chienne très proche de sa maîtresse
À Auch, dans le sud-ouest de la France actuelle, une inscription funéraire datant de l’époque gallo-romaine conserve le souvenir de Myia. Le texte insiste sur sa douceur, ses habitudes et la relation très intime qu’elle entretenait avec sa maîtresse.
« Comme elle était douce et affectueuse ! De son vivant, elle reposait sur mes genoux, toujours familière du sommeil et du lit. Quel malheur, Myia, que tu sois morte ! Tu n’aboyais que si un rival prenait la liberté de s’approcher de ta maîtresse. Quel malheur, Myia, que tu sois morte ! »
« Désormais, le fond de la tombe te retient et tu n’en sais rien. Tu ne peux plus faire la folle, ni me sauter dessus, ni me sourire avec tes mordillements affectueux. »
Patrice : quinze années de complicité
À Salerne, en Italie, une longue épitaphe raconte la disparition de Patrice, une petite chienne qui avait vécu quinze ans auprès de ses maîtres.
« Les yeux baignés de larmes, je t’ai portée, notre petite chienne, comme je l’avais fait avec joie quinze ans auparavant. Désormais, Patrice, tu ne me donneras plus mille baisers et tu ne pourras plus te blottir affectueusement autour de mon cou. »
« Par tes manières pleines d’intelligence, tu semblais presque humaine. Hélas, quel compagnon avons-nous perdu ! Toi, douce Patrice, tu avais l’habitude de venir à notre table, de réclamer affectueusement de la nourriture sur nos genoux, de lécher de ta langue avide la coupe que mes mains te tendaient souvent et d’accueillir régulièrement ton maître fatigué en agitant joyeusement la queue. »
Parthenope : quand le chien devient un modèle d’amitié
Sur l’île grecque de Lesbos, à Mytilène, un homme nommé Anexeos fit ériger un monument funéraire pour sa chienne Parthenope. L’inscription ne se contente pas de rendre hommage à l’animal. Elle présente également son affection comme un exemple de fidélité et d’amitié.
« Anexeos a enterré sa chienne Parthenope, avec laquelle il avait l’habitude de jouer de son vivant, lui offrant ce tombeau en retour du plaisir qu’elle lui avait donné. »
« L’amour réciproque porte donc aussi ses fruits envers les chiens : ayant été l’amie de son maître, elle reçoit maintenant ce tombeau. »
« En voyant ceci, cherche toi aussi un ami digne de ce nom, qui soit prêt à t’aimer de ton vivant et à prendre soin de toi lorsque tu seras mort. »
Margarita : la chienne venue de Gaule
La plus célèbre de ces épitaphes est peut-être celle de Margarita, dont le nom signifie « Perle ». Sa stèle est aujourd’hui conservée au British Museum. Née en Gaule, Margarita avait été dressée pour parcourir les forêts et poursuivre le gibier dans les collines. Mais elle connaissait également une existence douce auprès de ses maîtres.
« La Gaule m’a mise au monde et le coquillage de la mer riche m’a donné mon nom : l’honneur de ce nom convenait à ma beauté. »
« Dressée à parcourir courageusement les forêts inconnues et à poursuivre le gibier dans les collines, je n’étais jamais habituée aux lourdes entraves ni à subir de cruels coups sur mon corps blanc comme neige. »
« Car je reposais sur les genoux doux de mon maître et de ma maîtresse et je savais me coucher, fatiguée, sur une couverture étendue. »
« Et bien que ma bouche muette de chien me permît d’exprimer plus que je n’en avais le droit, personne ne craignait mes aboiements. »
« Mais désormais j’ai rencontré mon destin, terrassée lors d’un malheureux accouchement. La terre me recouvre maintenant sous cette petite plaque de marbre. »
Ce que la pierre nous transmet
Aeolis, Myia, Patrice, Parthenope et Margarita et bien d'autres ont traversé les siècles parce que leurs maîtres ont voulu conserver leur souvenir dans la pierre. À près de deux mille ans d’intervalle, ces inscriptions rendent la distance avec l’Antiquité étonnamment courte. Les sociétés grecque et romaine étaient bien différentes de la nôtre. Pourtant, ces épitaphes évoquent des sentiments que nous connaissons encore : la complicité, les petites habitudes du quotidien, la fidélité et surtout la douleur provoquée par la disparition d’un compagnon.

Sources : inscriptions antiques et études épigraphiques consacrées aux sépultures de chiens dans l’Antiquité ; Corpus Inscriptionum Latinarum (CIL VI, 29896 ; CIL X, 659 ; CIL XIII, 488) ; British Museum, épitaphe de Margarita.



