Comme beaucoup de races modernes, le berger allemand présente aujourd’hui une prédisposition à diverses maladies génétiques.
Chez les chiens de race, ces problèmes sont souvent liés à une diversité génétique réduite et à l’accumulation de mutations délétères, conséquences directes de pratiques d’élevage intensives. Jusqu’à récemment, une question restait ouverte : cette fragilisation génétique est-elle apparue dès la création des races à la fin du XIXᵉ siècle, ou s’est-elle installée plus tard, au cours du XXᵉ siècle ?
Une étude internationale apporte désormais des éléments de réponse. Des chercheurs de la LMU de Munich, de l’Université d’Oxford et des National Institutes of Health (NIH) ont analysé l’ADN de neuf Bergers allemands conservés au Musée d’histoire naturelle de Berne, nés entre 1906 et 1993. Ces génomes ont été comparés à ceux de chiens européens médiévaux — antérieurs aux races modernes — ainsi qu’à ceux de lignées actuelles de Bergers allemands.
Un premier effondrement génétique dès les débuts de la race
Les résultats sont sans appel : dès le début du XXᵉ siècle, le Berger allemand présentait déjà une diversité génétique nettement inférieure à celle des chiens du Moyen Âge. Cela indique un premier « goulot d’étranglement » majeur survenu très tôt dans l’histoire de la race.
Après 1945, la situation s’est encore aggravée. Les effectifs canins ont fortement diminué en Allemagne et dans d’autres pays à cause des conséquences de la Seconde Guerre mondiale. Par la suite, l’utilisation massive d’un nombre très restreint d’étalons particulièrement prisés a accentué cette perte de diversité.
Selon le paléogénéticien Laurent Frantz (LMU Munich), coauteur de l’étude, les chiens nés dans la seconde moitié du XXᵉ siècle montrent un appauvrissement génétique particulièrement marqué. Ce déclin, en partie déclenché par la guerre, a très probablement eu un impact sérieux sur la santé globale de la race.
L’effet des étalons « stars » sur le patrimoine génétique
L’étude met également en lumière le rôle central joué par certains reproducteurs extrêmement populaires. Leur utilisation excessive a provoqué de nouveaux goulots d’étranglement génétiques, réduisant encore le réservoir de gènes disponibles. Cette pratique a non seulement influencé l’apparence du Berger allemand au fil du temps, mais aussi fragilisé son équilibre génétique.
Les chercheurs ont même pu dater précisément l’un de ces épisodes : un resserrement majeur du pool génétique autour de l’année 1967, correspondant à la naissance de l’étalon très influent Quanto von der Wienerau.
Un signal d’alerte inscrit dans l’ADN
L’un des marqueurs de cette perte de diversité est la présence de longues zones d’homozygotie dans le génome, où les deux copies d’un chromosome sont identiques. Ces segments sont devenus beaucoup plus fréquents chez les Bergers allemands nés après la Seconde Guerre mondiale, y compris chez des chiens dont les pedigrees ne suggéraient pourtant pas de consanguinité proche.
Or, ce phénomène favorise l’expression de maladies génétiques récessives, qui ne se manifestent que lorsque le gène défectueux est présent en double exemplaire.
Le croisement avec le loup : une solution limitée
L’introduction ponctuelle de gènes de loup, comme dans le cas du Chien-loup de Saarloos ou du Chien-loup tchécoslovaque, n’apporte qu’un bénéfice temporaire. Pour conserver un pourcentage élevé d’ascendance lupine, les éleveurs ont souvent dû recroiser des hybrides apparentés entre eux, annulant rapidement l’apport initial de diversité génétique. Autrement dit, ce type de stratégie ne constitue pas une solution durable.
Préserver la race sans sacrifier sa santé
Grâce aux collections muséales, les scientifiques peuvent aujourd’hui mesurer à quel point les choix humains ont transformé la biologie des animaux qui partagent notre quotidien. Et selon les auteurs de l’étude, le Berger allemand n’est probablement pas un cas isolé : d’autres races pourraient avoir subi des évolutions similaires après la guerre.
Pour l’avenir, les chercheurs estiment que la meilleure approche consiste à élargir le pool génétique en intégrant des chiens issus de pays ou de lignées qui n’ont pas connu les mêmes goulots d’étranglement. Cette stratégie permettrait de préserver le statut de chien de race tout en améliorant durablement la santé, la robustesse et la longévité du Berger allemand.

Source de l'étude : https://www.pnas.org/