Le saviez-vous ? Pendant des décennies, le Berger Allemand a occupé une place majeure parmi les chiens de la gendarmerie française.
À Gramat, dans le Lot, un centre devenu incontournable dans la formation des chiens de service a accompagné l'évolution de la cynotechnie française, depuis les années d'après-guerre jusqu'à nos jours. Retour sur l'histoire du célèbre chenil de Gramat et sur cette transformation qui a profondément changé le paysage canin de la gendarmerie.
1945 : la naissance du chenil central de Gramat
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la gendarmerie française souhaite développer l'utilisation des chiens dans ses missions de sécurité et de recherche. En 1945, elle installe un chenil central à Gramat, dans le département du Lot, sur un ancien site militaire auparavant consacré aux chevaux de la cavalerie.
Ce lieu devient progressivement le cœur de la formation cynophile de la gendarmerie. Les premiers chiens doivent contribuer à la surveillance, à la recherche de personnes et au travail de piste. À cette époque, le Berger Allemand occupe une place prépondérante dans les effectifs. Ses aptitudes physiques, son intelligence, sa capacité d'apprentissage et son aptitude au travail en font un partenaire particulièrement recherché.
Les débuts sont modestes. En 1947, la gendarmerie compte 83 chiens. Ils sont 200 en 1950, puis 299 en 1960. En quelques années, le chien prend ainsi une place croissante dans les missions de terrain.



De Godefroid-Gamin au Centre national d'instruction cynophile
Au fil des décennies, l'établissement de Gramat change de nom et élargit ses missions. Le 23 novembre 1960, le chenil central est baptisé « Godefroid-Gamin », en mémoire d'un gendarme tué en Algérie en 1958 et de son chien Gamin, dont la fidélité est restée dans les mémoires.
En 1972, il devient le Centre de formation des maîtres de chien de la gendarmerie. En septembre 1984, il prend le rang d'École de sous-officiers de la gendarmerie. Enfin, le 1er octobre 1996, il adopte son appellation actuelle : le Centre national d'instruction cynophile de la gendarmerie, plus connu sous le sigle CNICG.
Implanté sur un domaine d'environ 14 hectares au lieu-dit Le Ségala, le centre ne se limite pas à l'éducation des chiens. Il participe à la sélection des animaux, à la formation des maîtres, au perfectionnement des équipes et à l'évolution des méthodes de travail.
Le Berger Allemand, la grande référence des premières décennies
Dans les premières années du chenil de Gramat, le Berger Allemand constitue la majorité du cheptel canin. La race est alors largement associée au chien de travail, notamment dans les domaines de la sécurité, de la défense et de la recherche. Cette prédominance s'explique par des qualités qui ont fait sa réputation : polyvalence, endurance, intelligence, fidélité à son maître et capacité à apprendre des tâches complexes. Le Berger Allemand peut intervenir dans des missions très différentes, depuis la surveillance jusqu'à la recherche de personnes.
Le recul du Berger Allemand dans la gendarmerie s'est opéré progressivement. Parmi les raisons avancées par les responsables du centre figure notamment la question de la dysplasie de la hanche, une affection qui a posé des difficultés dans les populations de Bergers Allemands utilisées par l'institution. La gendarmerie s'est alors tournée davantage vers le Berger Belge Malinois. Ce chien possède un gabarit généralement plus léger, une grande vivacité, une forte motivation au travail et des capacités d'apprentissage qui correspondent bien aux exigences opérationnelles. Il représente aujourd'hui 85 % du cheptel canin de l'institution.
Bien que le Malinois domine largement le chenil, d'autres races apportent leurs qualités spécifiques : Le Berger Allemand et le Berger Hollandais : Toujours présents pour la défense, le pistage et l'intervention. Les chiens de sang (Saint-Hubert, Coonhound) : Utilisés pour la recherche longue distance de personnes disparues grâce à leur flair exceptionnel. Les Retrievers et Épagneuls : Très appréciés pour la recherche de stupéfiants ou d'explosifs en milieu civil grâce à leur image bienveillante et leur morphologie compacte.




Des chiens aux missions de plus en plus spécialisées
Au fil des années, le travail des équipes cynophiles s'est considérablement diversifié. Le chien n'est plus seulement un auxiliaire de surveillance ou un pisteur : il est devenu un partenaire technique dans de nombreuses enquêtes et opérations.
Les équipes peuvent notamment intervenir pour :
- rechercher des personnes disparues ou en fuite ;
- détecter des stupéfiants ;
- rechercher des armes et des munitions ;
- localiser des explosifs ;
- détecter des produits accélérateurs d'incendie ;
- rechercher des billets de banque ;
- participer à la recherche de supports de données numériques.
Le centre de Gramat accompagne ces évolutions en formant les maîtres et leurs chiens, en développant de nouvelles techniques et en perfectionnant les compétences des équipes déjà opérationnelles. En 2025, la gendarmerie nationale comptait 630 chiens pour 475 équipes cynophiles. Ces effectifs illustrent l'importance prise par cette spécialité depuis la création du chenil central en 1945.
Gramat aujourd'hui : entre héritage et modernité
Quatre-vingts ans après sa création, le Centre national d'instruction cynophile de la gendarmerie demeure un lieu majeur de transmission des savoir-faire. Il forme les équipes, adapte les méthodes aux réalités du terrain et contribue à la recherche de nouvelles capacités opérationnelles.
Le centre conserve également la mémoire de son histoire. Son musée, accessible au public lors de certaines journées portes ouvertes, retrace l'évolution de la cynotechnie en gendarmerie. Son jardin du souvenir rend hommage aux chiens qui ont servi l'institution et qui ont laissé une empreinte durable dans la mémoire de leurs maîtres. Cette dimension rappelle une réalité essentielle : derrière les chiffres, les races et les techniques, il y a toujours une relation entre un chien et un humain. La confiance, l'entraînement et la complicité constituent le socle du travail en équipe cynophile.
Sources et pour aller plus loin :
- Gendinfo — L'instruction cynophile, « une matière vivante » (5 juin 2025)
- Gendinfo — Les chiens dans la gendarmerie, une histoire méconnue
- Gendarmerie nationale — Présentation officielle du CNICG de Gramat
Le saviez-vous ?
Une origine équestre : Avant de devenir le royaume des chiens, le site de Gramat abritait un dépôt de remonte de la cavalerie militaire. C'est sur ces mêmes terres que les sabots ont laissé leur place aux coussinets à la fin de la Seconde Guerre mondiale !
Les chiens de la Seconde Guerre Mondiale : À la Libération en 1945, la gendarmerie a récupéré un grand nombre de chiens abandonnés ou laissés par les troupes allemandes lors de leur repli. C'est ce cheptel d'urgence qui a constitué la toute première "promotion" de Gramat.
Une légende gravée dans la pierre : Le centre héberge la stèle de Gamin, un berger allemand héros de la guerre d'Algérie. Après avoir défendu son maître blessé au péril de sa vie, Gamin est devenu le symbole absolu de fidélité et le modèle de tous les jeunes chiens du centre.